Annie Cinq-Mars
« Les séquelles d’un AVC c’est pour la vie ! »
Il y a neuf ans, enceinte de 20 semaines, sans trop comprendre ce qui m’arrivait, j’ai soudain ressenti des engourdissements et éprouvé des difficultés d’élocution, alors que je perdais momentanément la vue du côté droit.
Mes premières pensées furent pour mon bébé. Je ne comprenais pas, ma santé était bonne et ma grossesse se déroulait normalement. Aussitôt hospitalisée, je fus la première étonnée d’apprendre que je venais de faire un AVC… à 28 ans ! Heureusement, le bébé était sain et sauf.
Cinq jours plus tard, ma vue est revenue mais ma mémoire est demeurée partielle. Les pensées les plus simples comme le mot « vélo » ou un numéro de téléphone s’étaient effacées de mon esprit. Je vivais donc beaucoup de frustration. De plus, j’ai dû cesser le travail.
Avec beaucoup de joie, la naissance de mon bébé se déroula sans accroc. Mon retour au travail s’avéra plus ardu, un an et demi après mon AVC. Très fatiguée, incapable de supporter le bruit en classe et les nombreuses requêtes de mes étudiants, j’ai dû effectuer un arrêt de travail et passer une évaluation en neuropsychologie. Au cours des mois et des années à venir, j’allais devoir me faire à l’idée qu’on n’échappe pas aux séquelles d’un AVC.
Un tournant important
Les résultats de ces tests établissaient clairement que les zones de mon cerveau associées à l’organisation, à la planification et à la mémoire étaient touchées. Or, ces habiletés constituent une grande partie de mon travail d’enseignante. J’ai alors entrepris une réadaptation. Mieux outillée, j’ai tenté par la suite un nouveau retour au travail à temps plein. Toujours épuisée, j’ai dû me rendre à l’évidence : ce serait impossible.
Deux ans après mon AVC, je vivais alors un profond sentiment d’échec. C’est pourtant à ce moment que ma réadaptation a réellement commencé. J’ai travaillé très fort avec le personnel en réadaptation. Mais pour progresser, j’ai du d’abord accepter que je ne serais plus comme avant. Je n’avais pas le choix : il me faudrait vivre avec mes petits handicaps de mémoire et mes limites physiques.
La vie familiale n’était plus comme avant non plus. Mon conjoint a lui aussi subi les contrecoups de mon AVC. Sa plus grande difficulté a été d’accepter que j’étais souvent fatiguée et j’avais besoin beaucoup de repos donc incapable de pratiquer certaines activités. Mon fils aussi s’est adapté. S’il peut profiter d’une maman plus présente à la maison, il doit aussi composer avec le fait qu’il demeurera fils unique. Les spécialistes sont aujourd’hui formels, même si toute la recherche reste à faire dans ce domaine : mon AVC était sûrement relié à ma grossesse. On m’a donc déconseillé d’avoir un deuxième enfant. Ce fut un deuil de savoir que je ne vivrais plus les joies de la grossesse. On le dit souvent et c’est vrai : il y a toujours plusieurs victimes d’un AVC.
Mon implication personnelle
J’ai aujourd’hui 37 ans mais la vie m’apprend encore une fois que ce n’est JAMAIS fini! Mais sans la réadaptation, je ne m’en serais pas aussi bien sorti. Maintenant, j’enseigne depuis cinq ans dans un nouveau domaine en milieu scolaire et je suis satisfaite d’avoir trouvé un équilibre dans ma vie professionnelle. Dû à une restructuration à l’école, je perdrai bientôt mon emploi à temps partiel. Tout nouvel environnement de travail exigera de ma part une énorme adaptation ! C’est une véritable montagne à gravir pour moi actuellement mais je demeure positive.
Les changements sont souvent pour le mieux.
J’insiste sur le fait que les séquelles sont pour la vie, que l’AVC frappe tout le monde et qu’il y a toujours des répercussions sur nos proches. Donnez à la Fondation pour aider à mieux comprendre, prévenir et expliquer au grand public ce qu’est vraiment l’AVC.
Annie Cinq-Mars
Terrebonne
Juin 2009


