Jeannine
Dame en rémission prolongée et bénévole à la Société canadienne du cancer
Région de Montréal
Comment mon cauchemar a commencé
En octobre 1990, je découvre une bosse sur mon sein droit, quelques jours après un examen gynécologique. Je demande à ma fille de 16 ans de vérifier
à travers mon chandail et elle se rend compte que c’est très évident. Comme
je viens de recevoir une convocation pour une mammographie dans 15 jours,
je ne m’inquiète pas trop. Après l’examen, le radiologiste me demande
de revoir le médecin qui me donnera le résultat de la mammographie, car il voit une tumeur, mais il ne veut pas se prononcer.
Malgré mes larmes, je dois faire la femme forte car je ne veux pas inquiéter mes deux filles de 14 et 16 ans. La semaine suivante, la gynécologue
me confirme une tumeur maligne. Je rencontre un oncologue qui me dit
que c’est très sérieux. Je ne veux pas me rendre à l’évidence, quelle galère m’attend! Tout se bouscule dans ma tête, je crois devenir folle.
Je ne veux pas entendre la réalité, je n’ai que 47 ans. Je n’ai aucune douleur, je suis en très grande forme, je fais du sport, je n’ai jamais fumé, je ne fais
pas d’embonpoint, j’ai toujours eu une bonne alimentation, je consomme
très peu d’alcool.
Pourquoi moi ? Il y a sûrement une erreur.
Pourtant, c’est la réalité et je dois y faire face. Vingt jours plus tard,
on m’hospitalise pour le premier traitement de chimiothérapie qui se veut
très agressif, mais les traitements ultérieurs se passeront en clinique externe. Après le deuxième traitement, c’est la chute des cheveux. Même après avoir été informée, c’est la crise de larmes. Nous sommes à quelques semaines
de Noël et je ne veux pas me voir chauve. Quel supplice, mon orgueil en prend un coup. Je me demande si je vais m’en sortir, je passe des nuits blanches
à me faire des idées noires. Heureusement que je suis bien encadrée
par ma famille et mon cercle d’amis (es). Pour m’encourager, on me dit
que j’ai l’air bien. Je réponds : « Oui, l’air va bien »!
Par la suite, un scanner confirme une réduction considérable de la tumeur
et on procède à l’ablation en préservant le sein sans trop le mutiler.
Mon cauchemar se poursuit encore avec la radiothérapie pendant 25 jours consécutifs. Pourquoi faut-il une dure épreuve pour changer nos priorités
et faire un choix dans la vie ? Je peux dire sans hésitation qu’il n’y a rien
qui arrive pour rien.
Après lecture de différents documents, je réalise que mon subconscient doit être nourri d’idées positives. Maintenant je regarde la vie avec des yeux nouveaux, car mon besoin de sécurité a changé pour la sérénité. Malgré
la difficulté d’accepter, je comprends maintenant que « derrière toute grande épreuve se cache une leçon de vie, qu’il est important, d’apprivoiser d’accueillir et d’apprécier ».
Depuis ma retraite, je suis bénévole à Cancer J’écoute. Le jumelage me permet d’aider, de réconforter, de comprendre, et d’encourager les femmes qui vivent cette même expérience. Ce qui est réconfortant et valorisant à travers
le bénévolat, c’est de voir que je reçois beaucoup plus que je donne.
Vivez pleinement le moment présent.


