Rosalie
Personne atteinte de la maladie d’Alzheimer
Région du Bas-St-Laurent
Ce fût un choc. Je savais bien que quelque chose ne tournait pas rond
mais je refusais de l’admettre. J’étais désemparée. C’est comme si un grand morceau de ma vie me glissait en dessous des pieds. Moi, qui étais
si autonome, si volontaire, si indépendante. Je n’arrivais plus, par moments,
à me situer ni dans l’espace ni dans le temps. Je voyais bien que je n’arrivais plus à organiser mon horaire ni la préparation des repas. Pourtant Dieu sait combien j’étais organisée et que des repas j’en avais préparés. Mes enfants
ne savaient pas trop ce qui m’arrivait.
Lorsqu’on a reçu le diagnostic (maladie d’Alzheimer), on en a pleuré un coup. J’ai refusé lorsque les enfants m’ont proposé de l’aide à domicile mais j’ai fini par accepter. J’ai délaissé mes activités. J’ai laissé la dame faire les repas.
Ça ne me tentait pas de l’aider. Je ne savais plus si j’étais capable de faire
des choses. Il y a des moments où j’en voulais au monde entier et d’autres
où j’étais complètement abattue par ce que je vivais et ressentais. Les enfants ont entendu parler de l’ouverture prochaine de la Maison J. Arthur Desjardins*. J’ai commencé à y fréquenter le Centre d’activités de jour. Les enfants venaient avec moi au début. Puis, petit à petit, j’ai passé de plus en plus de temps seule là-bas. Des jours ça allait, d’autres pas. Ça m’énervait. J’ai recommencé à faire des choses comme des biscuits, brasser des gâteaux, etc. Puis un soir,
j’ai demandé à ma fille de vérifier s’il y avait de la place à la grande maison.
J’y aménagerais : lui dis-je. Maintenant j’y demeure depuis assez longtemps.
Je suis chez moi. Je suis contente quand les enfants viennent me voir. Ce n’est pas tous les jours facile pour moi, mais j’y suis bien.
* Résidence pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer en lien avec la Société Alzheimer du Bas-St-Laurent


